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Musique

Gouvernement : le Ayrault 1 est né

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 20:59

La structure :

L’engagement de campagne a été respecté : il y a bien parité totale avec 17 femmes ministres sur 34 titulaires (voir l’appli de Rue89 sur le nouveau gouvernement). C’est la première fois que l’on arrive à une parité absolue. D’ailleurs, c’est le retour du ministère du Droit des femmes comme l’avait instauré François Mitterrand en 1981 (Valéry Giscard d’Estaing n’avait créé qu’un secrétariat d’Etat) octroyé à Najat Vallaud-Belkacem nommée aussi porte-parole du gouvernement. En sera-t-il autrement après les législatives ? Pour le moment, il n’y aucun ministre d’Etat ni secrétaire d’Etat, mais 18 ministres et 16 ministres délégués.

Sur 34 ministres, seul cinq ont une expérience gouvernementale dont Laurent Fabius, numéro deux, nommé au Quai d’Orsay, Pierre Moscovici (ministre de l’Economie, des Finances et du commerce extérieur), Michel Sapin ( ministre du Travail, de l’emploi et du dialogue social) et Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense). C’est donc bien un renouvellement des équipes qui est à l’oeuvre à des postes clés. Ainsi, Vincent Peillon en charge de l’Education, une des priorités de François Hollande pendant le quinquennat, est numéro trois du gouvernement.

Deux règles sont à l’oeuvre pour les 34 détenteurs de maroquins ministériels : baisse des rémunérations de 30% selon une proposition que fera le Premier ministre en conseil des ministres, ce jeudi, et tout ministre battu aux législatives ne pourra pas rester au gouvernement, a rappelé Jean-Marc Ayrault au JT de France 2.

Les équilibres politiques internes au PS :

Martine Aubry a décidé de ne pas entrer au gouvernement, pour autant, deux de ses très proches ont intégré l’équipe gouvernementale : son amie Marylise Lebranchu nommée ministre de la Réforme de l’Etat, de la décentralisation et de la fonction publique et François Lamy qui devient ministre délégué auprès de la ministre de l’Egalité des territoires et du logement, chargé de la Ville. Une des surprises de cette équipe : la réalisatrice franco-algérienne Yamina Benguigui de l’équipe Delanoë à la Mairie de Paris et qui faisait partie de l’équipe Aubry pendant la primaire, en charge dossier laïcité. Elle devient ministre déléguée auprès de Laurent Fabius, chargée des Français de l’étranger et de la francophonie.

En nommant Marylise Lebranchu au gouvernement, Jean-Marc Ayrault et François Hollande font une heureuse : Ségolène Royal, en libérant pour elle la voie de la présidence de l’Assemblée nationale qu’elle convoite. Car Marylise Lebranchu avait clairement dit qu’elle se présenterait contre Royal. L’ex-candidate à la présidentielle peut aussi se réjouir de voir entrer Delphine Batho, député des Deux-Sèvres, désormais ministre déléguée auprès de la ministre de la Justice et surtout Dominique Bertinotti, ministre déléguée auprès de la ministre des Affaires sociales et de la santé, chargée de la Famille, restée une fidèle parmi les fidèles.

Pour représenter l’aile gauche du PS, Benoît Hamon intègre l’équipe gouvernementale. Il devient le ministre délégué auprès de Pierre Moscovici, chargé de l’Economie sociale et solidaire

Les équilibres politiques externes au PS :

Si les communistes n’ont aucun ministre, n’ayant pas signé d’accord avec le PS, les Verts obtiennent deux postes : Cécile Duflot fait ainsi sont entrée à l’Egalité des territoires et du logement, et Pascal Canfin récupère le ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement. Nouveauté, l’Ecologie n’échoit pas à un Vert ! Elle revient, avec le développement durable et l’énergie, à Nicole Bricq.

Les radicaux qui avaient participé à la primaire du PS sont récompensés avec deux sièges et pas des moindres ! Christiane Taubira devient la numéro 4 du gouvernement, devant Pierre Moscovici et Manuel Valls dans l’ordre protocolaire, en devenant ministre de la Justice. L’ex-candidate PRG à la présidentielle en 2002 avait soutenu Arnaud Montebourg pendant les primaires. Et Sylvia Pinel, l’ancienne chef de cabinet dde Jean-Michel Baylet, président du parti radical de gauche, est la nouvelle ministre déléguée au Commerce et au Tourisme.

Laurent Fabius est récompensé de son soutien pendant la campagne. Le fabiusien Bernard Cazeneuve, un des quatre porte-parole avant le 6 mai, devient ministre délégué aux affaires européennes.

Enfin les soutiens du second tour de la primaire, face à Martine Aubry, intègrent l’équipe. Ainsi Manuel Valls est nommé ministre de l’Intérieur tandis qu’Arnaud Montebourg devient ministre du Redressement productif, nomination immédiatement suivie de l’annonce, par France Inter, de l’arrêt de l’émission de sa compagne Audrey Pulvar dès le 21 mai.

Les fidèles :

Ils avaient peur d’être oubliés. Ils sont finalement nombreux à intégrer le Ayrault numéro 1. Ils ? Les historiques de la première heure. Les fidèles qui ont entouré François Hollande depuis des années. Ainsi Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande quand il était premier secrétaire, devient ministre de l’Agriculture. Jean-Yves Le Drian est le nouveau ministre de la Défense, tandis que Kader Arif est son ministre délégué aux Anciens Combattants. Michel Sapin, le copain de promo de François Hollande, devient le ministre du Travail, de l’emploi et du dialogue social. Un poste un moment cité pour Marisol Touraine qui, sans être une fidèle mais devenue une incontournable de le campagne, est nommée aux Affaires sociales et à la Santé.

 

On y était : soirée inRocKs lab avec Neeskens, Caandides et The Aikiu

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 16:30

Pour sa deuxième édition de l’année depuis la reprise du concours, la soirée inRocKs lab a définitivement pris ses marques à la Flèche d’Or.

C’est à Neeskens que revient la lourde tache d’ouvrir les festivités. Seul sur scène, armé uniquement de sa guitare, le baroudeur d’origine néerlandaise dévoile un univers simple et mélancolique. De sa voix chaude et tremblotante, il chante des complaintes folk pleines de vécu que n’auraient pas renié Joe Purdy ou Damien Rice.

Vient ensuite le tour de Caandides. Caché derrière des projections, le jeune groupe parisien s’efface derrière sa pop élastique et énigmatique, toute en cassure et fêlure, dans laquelle on croit déceler certaines influences exotiques. Seul le batteur danse et gesticule dans tous les sens, comme possédé derrière ses fûts.

Mais ce sont The Aikiu les véritables maitres de la soirée. Arborant une chemise au motif vintage terriblement eighties à l’image de leur musique new wave, le chanteur perce de sa voix froide les brumes de la scène. Les tubes imparables que sont Pieces of Gold ou Red Kiss font leur effet et le public ne voit pas le temps passer. Comme enchanté, il continuera de danser encore longtemps après.

 

Photos : Pierre Le Bruchec

 

 

 

 

 

“Clash”, une série pour ados très loin des clichés

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 16:18

L’adolescence n’est pas seulement “une période importante de la vie”, c’est “la seule période où l’on puisse parler de vie au plein sens du terme”, écrivait Michel Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte. C’est au nom de cette extension du domaine de la vie, intense, intransigeante et fragile, qu’a pu se déployer le genre prisé du teen movie dont la télévision prolonge les codes dans des séries populaires, de Dawson à Angela, 15 ans, de La Vie secrète d’une ado ordinaire à Skins, la plus intense de ces dernières années.

En France, le genre a longtemps eu du mal à s’imposer autrement qu’à travers des séries un peu niaises, même si quelques essais audacieux (Ma terminale, Le Lycée, Age sensible, Sweet Dream…) ont rappelé ces dix dernières années que les règles du genre – premiers émois amoureux, conflits avec les parents, camaraderies lycéennes… – pouvaient s’exporter et se réinventer en déplaçant ses marqueurs tout en conservant ses rituels fondateurs. De la même manière que les teen movies à la française ont su depuis Diabolo menthe ou La Boum revisiter le genre – de La Belle Personne aux Beaux Gosses, de Simon Werner a disparu… à 17 filles –, ces séries pour ados préfigurent la revigorante série de France 2, Clash, créée et écrite par Pierre Linhart et Baya Kasmi (qui participa déjà à l’écriture d’Age sensible ou de la première saison de Fais pas ci, fais pas ça).

Une maturité inédite

Réalisée par Pascal Lahmani, Clash tire enfin le modèle de la série pour ados vers une maturité inédite en France, proche de l’âge adulte dont la jeunesse a besoin pour éviter les fausses notes dans l’art de la représenter. Loin des clichés appuyés ou des approximations désinvoltes dont souffrent souvent les feuilletons pour ados, il se dégage de Clash une constante impression de justesse qui tient avant tout à l’ambition chorale de son récit.

Plutôt que de se fixer sur deux ou trois motifs réducteurs, la série explore un grand nombre de traits caractéristiques de la vie des ados d’aujourd’hui, à travers les affres de six personnages, sur lesquels se concentrent successivement chaque épisode. A chaque personnage, correspond un enjeu scénaristique propre, lié à la singularité psychologique et physique d’une personnalité, d’un cadre de vie domestique, de relations affectives contrariées… De telle sorte que le monde de l’adolescence se dévoile ici à partir d’un principe de multitude, lui-même traversé par quelques traits communs, dont celui, prédominant, de la dispute, coeur vital d’une série habitée par les signes qui annoncent le fracas et le désordre.

Le “clash” en question concerne chacun de ces six héros qui, au sein d’un espace clos (le lycée avec ses classes, ses escaliers, sa cour), partagent les mêmes désirs, mais s’opposent dans la manière de les réaliser ou de se fracasser sur leur mur. Leurs états borderline, nés de leurs conflits internes – chagrins, amours déçues ou refoulées, relations sexuelles difficiles… – autant que des conflits avec leurs parents – manque de reconnaissance, pression permanente… –, n’occultent pas la part de fantaisie qui traverse aussi leurs vies. Intelligemment, les auteurs prennent soin d’entremêler sans cesse les plaisirs et les pleurs, les joies et les heurts, les élans et les peurs, qui complexifient les personnages.

Ancrée sur deux territoires privilégiés, l’appartement familial et le lycée, la série parvient avec une vraie maîtrise du récit à suggérer l’espace imaginaire de ses protagonistes, tous attachants dans la mise à nu qu’en font les auteurs. Qu’il soit neurasthénique et trop couvé par sa mère (Robin), trop surveillé par un père soucieux de virilité (Cassius), trop rêveur et sensible (Dylan), en fusion avec maman (Olivia), complexée (Emilie)…, chacun des personnages laisse entrevoir des traits secrets qui viennent brouiller le profilage attendu, piège auquel s’exposait chaque épisode, et qu’il contourne aisément. La série joue surtout sur l’effet de circulation entre tous ses épisodes, qui se font écho, se croisent, comme si leur destin commun s’incarnait dans la réunification des parties dispersées de leurs mouvements.

La dilatation de la série, qui tient à son principe de construction, permet d’effleurer les mystères d’une bande d’amis qui, à l’image de sa génération, oscille entre sentiments opposés, cherche une voie au coeur des conflits qui l’assaillent. Les parents semblent encore plus fébriles : ce sont eux, par leurs maladresses, inattentions ou intentions trop marquées, qui conditionnent le clash, étouffent les ados, même s’ils les protègent aussi. Subtilement, les auteurs n’en font pas des caricatures de parents maboules et leur confèrent une part de douceur par-delà leurs imperfections.

Désorganisation affective

Aux côtés des jeunes acteurs, tous formidables – Camille Claris, Thomas Solivérès, Thomas Silberstein, Arthur Jacquin, Simon Koukissa, Alysse Hallali –, la fonction périphérique des parents (Laure Marsac, Catherine Mouchet, Serge Riaboukine, Cristiana Reali…) se révèle centrale dans la désorganisation affective des ados, à bout à défaut d’être au bout de leurs désirs. De cette tension générationnelle, Clash tend un fil intense, où résonnent beaucoup de notes justes. Comme celles de la chanson aux airs déchirants, Walker de Cascadeur, qui vibre dans chaque épisode, tel un leitmotiv, lorsque le clash révèle la fureur de (mal) vivre. Sur ces poussières de leurs vies à la fois désolées et promises à de nouveaux horizons, les héros de Clash sont, comme tous les cascadeurs, tenus de se relever après la chute.

Jean-Marie Durand

Clash (6 x 52 min), série réalisée par Pascal Lahmani. Sur France 2, le mercredi à partir du 9 mai à 20h40

Clermont-Ferrand : le rock y coule de source

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 15:34

Longtemps, c’est à Jean-Louis Murat qu’est revenu le mérite d’incarner la scène musicale d’Auvergne. Celui que l’on s’est plu à rebaptiser le crooner du 6-3 avait, plus que quiconque, braqué les projecteurs sur la région. Mais ça, comme il est coutume de le dire dans une publicité pour bigleux, c’était avant. Si Murat enchaîne depuis trente ans les chapitres d’une singulière histoire discographique, depuis quelques années, l’Auvergne égaye aussi les colonnes des magazines musicaux du nom de ses nouveaux représentants sonores. La liste impressionne : Cocoon, Cracbooms, Mustang, Zak Laughed, The Elderberries, Kaolin, Quidam, Subway, Mr Nô, Hill Valley et tous les émissaires du collectif Kütu Folk (The Delano Orchestra, Garciaphone et St. Augustine, pour n’en citer que quelques-uns). Un casting de péplum pour Clermont-Ferrand, une ville qui héberge en ses murs 150 000 habitants.

Raison souvent évoquée pour expliquer ce dynamisme sonore : l’arrivée en masse, au siècle dernier, d’immigrés anglais et américains venus travailler chez Michelin. Motor City française, Clermont regorge ainsi de jeunes groupes biberonnés au rock de leurs parents anglo-saxons : c’est le cas, par exemple, des Elderberries, dont quatre des cinq membres sont de parents britanniques ou canadiens. “C’est une ville ultra postindustrielle, explique aussi Mr Nô, jeune champion electro de la cité. Quand le pôle ouvrier s’est cassé la figure, les jeunes se sont emmerdés et se sont mis à faire de la musique, comme en Angleterre. Si vous prenez Cocoon, le père de Mark était déjà musicien.

Cette vitalité, les musiciens de la ville s’accordent à l’attribuer aussi au travail de sa salle de concerts. Pour atteindre ses portes, il faut se rendre à quelques encablures du centre, et rejoindre la bien nommée rue Serge-Gainsbourg. Construite sur les vestiges de l’ancienne coopérative Michelin, la Coopérative de Mai y oeuvre, depuis 2000, à la richesse culturelle de Clermont-Ferrand, sous la direction de Didier Veillault, ex-programmateur du Plan à Ris-Orangis. “Ce qui me plaît ici, c’est que tu peux assister à une soirée electro à 2 heures du matin avec Mr Nô, et te retrouver perdu au milieu des vaches le lendemain. J’ai senti qu’il y avait beaucoup de possibilités, des tas de choses à construire.

Avec une salle pouvant accueillir 1 500 personnes et un club d’une capacité de 400, celle qu’on surnomme “la Coopé” est devenue un lieu de passage obligé pour les musiciens. Elle a vu défiler Elliott Smith, Alain Bashung, les White Stripes, Patti Smith, Franz Ferdinand, Morrissey, The Wedding Present, Godspeed You! Black Emperor, The Brian Jonestown Massacre, The Rakes… Pour la septième année consécutive, elle accueillera du 25 au 27 mai le festival Europavox. En recevant des artistes de vingt-deux nationalités différentes, dont les Hives, Django Django, Amadou & Mariam ou Ewert And The Two Dragons, l’événement positionne Clermont-Ferrand au coeur de la cartographie sonore européenne – 26 000 festivaliers sont attendus.

Arrivé dans la ville l’été dernier, l’ancien Parisien Christophe Basterra, ex-rédacteur en chef du magazine Magic, souligne l’originalité du festival : “J’aime beaucoup l’idée et la démarche prospective d’Europavox, parce que ça correspond à ce qu’on cherchait à faire avec Magic : montrer aux gens qu’il se passe des choses ailleurs qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, que les scènes espagnole, belge, italienne, allemande ou autres sont dignes d’intérêt.

Outre la diffusion – près de 130 concerts par an –, la Coopérative de Mai, labellisée Smac (Scène de musiques actuelles), assure une mission d’accompagnement des artistes locaux. Maintes fois programmés sur sa scène, Hill Valley, vus récemment au Printemps de Bourges, bénéficient ainsi du soutien de l’équipe. “La Coopé te permet de faire des concerts ici et t’aide pour aller jouer en région. Ils nous ont proposé de faire la première partie d’un gros groupe comme Sum 41, alors qu’on est encore petits. Ils parlent de notre projet à leurs contacts… Ils nous ont aussi aidés à trouver un réalisateur pour notre ep.

Accolés aux bureaux de la salle, ceux de la Pépinière de Mai hébergent d’autres agitateurs de la scène culturelle du coin. On y trouve les locaux de Microphone : projet tenu par un ancien membre de Quidam, il propose d’enseigner la création de chansons aux collégiens de la région. Voisins également, les bureaux de l’agence de production audiovisuelle Riot House ou ceux du label indépendant Kütu Folk, dont les albums squattent, depuis six ans, nos étagères et nos oreilles… “Dans le cahier des charges du collectif, explique Alexandre Rochon, membre de The Delano Orchestra, il y avait la volonté de faire un label dont les groupes pourraient rester totalement libres. Dans leur musique, dans l’esthétique des albums.” Kütu Folk, qui a signé un partenariat avec les machines à coudre Singer il y a un an, propose ainsi des albums aux pochettes cousues artisanalement, mais pas de fil blanc – une besogne que se partagent Alexandre et sa maman. “En 2011, on a fait six sorties, donc on a dû en coudre environ dix mille. J’aime ce côté artisanal, mécanique.

Après une année 2011 marquée par une belle carte blanche aux Transmusicales de Rennes, 2012 verra le label publier quatre nouveaux albums. A ceux de St. Augustine et Garciaphone prévus en mai et en août succéderont deux nouveaux disques de The Delano Orchestra, Eitsoyam et l’instrumental The Escape. La formation dévoilera ce diptyque le temps d’une création inédite au Théâtre de la Ville à Paris, le 20 décembre.

En 2011, l’association le Damier est venue consolider encore davantage ce dynamisme structurel. Conscientes qu’elles avaient tout à gagner à se rassembler, près de cinquante entreprises culturelles auvergnates se sont réunies sous son nom : la Coopérative de Mai, le festival Europavox, Kütu Folk, Sophiane, Sauve qui peut le court métrage… “Nous avons constaté un vrai dynamisme autour de l’image et de la musique en Auvergne, explique la directrice du Damier, Katia Bouferrache. Compte tenu des mutations technologiques et économiques, ces entreprises ne pourront pas s’en sortir en s’isolant.” En adhérant au Damier, les structures bénéficient d’un accompagnement sur les salons professionnels comme le MaMA ou l’Eurosonic, et d’outils de promotion et de conseil mutualisés.

Quand les musiciens clermontois quittent la rue Serge-Gainsbourg – et ses larmes n’y pourront rien changer –, ils se croisent dans les bars et salles de concerts de la ville : le Baraka, le Bikini, le Raymond Bar, le Derrière, le Bar des Beaux-Arts… “La ville est assez petite pour qu’on se connaisse tous, explique François-Régis Croisier de St. Augustine. On partage les mêmes bars, les mêmes endroits pour répéter.

Outre ces nombreux repaires rock, il faut saluer le 101, refuge pour les musiques électroniques ouvert en centre-ville il y a quelques mois, ou l’Electric Palace, lieu éphémère proposé à l’occasion du Festival du court métrage. “Le chapiteau existe dix jours de l’année, explique Christophe Basterra, et propose des concerts gratuits. C’est un projet géré par des étudiants de l’université d’Auvergne dans le cadre de leur cursus. En janvier, l’affiche Juveniles, La Femme, Mustang, concoctée spécialement par la Coopé, avait quand même une sacrée allure.

Autre centre névralgique de la ville, le disquaire Spliff, tenu par Gilbert Biat, est cité par les musiciens locaux comme une institution. “Ce sont des activistes, développe St. Augustine. On y trouve tout, des nouveautés et des vieilleries rares.” La chasse aux albums se complète chez le libraire-disquaire les Volcans ou, pour les vinyles, au marché aux puces de Salins le dimanche matin. L’après-midi, le jour du Seigneur est souvent synonyme d’échappée belle : si sa richesse structurelle joue un rôle primordial, Clermont-Ferrand doit aussi la santé de sa scène musicale à sa situation géographique. Pour beaucoup, ce sont le cadre et la nature environnante qui favorisent la création. “En trois minutes, on peut sortir de Clermont, poursuit St. Augustine. Avec Zak Laughed ou Dempster Highway, on aime aller se balader sur les volcans, au lac de Servières, au lac de Guéry.

Dans la grandeur des paysages auvergnats, Alexandre du Delano Orchestra pense même avoir décelé l’origine d’une certaine forme de musicalité locale. “J’ai l’impression de puiser énormément à 70 kilomètres d’ici. C’est une atmosphère très dure, chargée en histoire et en mélancolie. D’un côté, c’est assez difficile d’y rester sans tomber dans des états quasi dépressifs. Mais c’est aussi très inspirant et ça nourrit une forme d’écriture. J’aime penser que ça explique un contenu atmosphérique et sincère qu’on retrouve dans les différents disques du label.” Pour paraphraser Murat : par notre âme et notre sang, col de la Croix- Morand, nous les garderons tous.

Apple : Steve Jobs en Franklin Roosevelt dans le court métrage “1944″

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 15:17

La célèbre publicité d’Apple ’1984′, réalisée par Ridley Scott, avait introduit au monde l’ordinateur personnel lors du Super Bowl le 22 janvier 1984. Rapidement élue “publicité du siècle” par la profession, elle présentait le Macintosh comme un outil de rébellion face à une oppression dictatoriale.

Cette métaphore légèrement mégalomane d’Apple comme libérateur de conscience prend aujourd’hui un nouveau sens, alors que surgit un court métrage de 9 minutes baptisé ’1944′, filmé six mois après l’épisode du Super Bowl. Un ancien employé d’Apple, Craig Elliott, a accepté de confier une copie de la vidéo à Network World.

Seulement destiné à un usage interne pour motiver les troupes du service des ventes lors d’une réunion à Hawaï en 1984, ce court métrage de qualité professionnelle aurait coûté 50 000 dollars. Ancré pendant la Seconde Guerre mondiale, le film montre les forces d’Apple lancer l’assaut contre les troupes d’IBM.

“The start of a long fight for liberation, a fight against all odds. And leading the forces of freedom is… Macintosh.”

Si le film emploie majoritairement des acteurs professionnels, des cadres d’Apple font leur apparition, notamment Steve Jobs lui-même dans le rôle du président américain Franklin D. Roosevelt, ou Mike Murray, alors vice-président du département marketing, qui campe le “Général”. Une photo caméo de Charlie Chaplin en Adolphe Hitler avait même été envisagée, mais n’a pas finalement pas été intégrée pour des questions de droits.

Gagnez des places pour la Villa Inrocks

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 14:17

Pour la deuxième année, les Inrocks investissent la médiathèque de Cannes et son jardin pour y organiser concerts, soirées et fêter le cinéma durant tout le festival.

Dès son inauguration, le jeudi 17 mai, la Villa se placera sous le signe de la création artistique, avec la remise des Audi Talents Awards 2012 dans les catégories musique et courts métrages. Les envolées rock dansantes de Gossip, la beauté de l’électro de Cascadeur et les DJ de C2C seront également au programme.

Chaque début de soirée, de 18 à 23h, la Villa accueillera ainsi des concerts suivis d’un DJ set. Tous les jours pendant le festival, des places sont à gagner pour la soirée du lendemain, en envoyant un mail à concours@inrocks.com. Pour les gagnants, les invitations sont à retirer à l’accueil invitation (et non à la Villa) le jour même.

Dès aujourd’hui, vous pouvez suivre toute l’actualité du 65e Festival de Cannes sur le site des Inrocks et sa page dédiée.

Un an après le Sofitel, où en sont les affaires DSK?

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 14:05

Le 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn était arrêté pour soupçon d’agression sexuelle sur une femme de chambre à l’hôtel Sofitel de New York. Depuis, d’autres affaires sont venues s’ajouter à la liste des démêlés judiciaires de l’ancien patron du FMI. Un an après le début de l’affaire du Sofitel, Les Inrocks font le point.

• L’affaire du Sofitel de New York

Dominique Strauss-Kahn est actuellement toujours poursuivi devant la justice américaine par Nafissatou Diallo, et ce depuis le 8 août 2011, date à laquelle elle a porté plainte au civil – une procédure où sont directement confrontées les deux parties, sans la présence du ministère public, et qui ne vise qu’à obtenir des dommages et intérêts. L’ancienne femme de chambre reproche à l’ex directeur général du FMI “l’agression violente et sadique” dont elle aurait été victime le 14 mai 2011 à l’hôtel Sofitel de New York. Elle exige le versement de dommages et intérêts en réparation de préjudices moraux et physiques.

La première audience a eu lieu le 28 mars dernier devant la Cour suprême du Bronx, à New York. Mais alors que les avocats de DSK réclamaient un classement sans suite de la plainte, avançant que celui-ci bénéficiait à l’époque d’une immunité diplomatique, le juge Douglas McKeon a rejeté cette demande le 1er mai, ouvrant la voie à un procès.

En réponse, Dominique Strauss-Kahn a déposé une plainte lundi 14 mai contre Nafissatou Diallo – un an jour pour jour après le début de l’affaire -, l’accusant de poursuites calomnieuses, d’abus de procédure, de volonté d’emprisonnement, de diffamation et de lui avoir volontairement infligé une souffrance émotionnelle (document à lire ici au format PDF). Il lui réclame un million de dollars pour avoir, selon lui, porté atteinte à sa réputation dans le monde et lui avoir fait perdre “d’autres opportunités professionnelles”. Il ajoute dans sa plainte qu’il était l’an dernier “considéré par certains comme le prochain président français”.

La suite ? Si les deux parties en présence n’arrivent à se mettre d’accord à l’amiable sur des dommages et intérêts (ce qui peut intervenir à tout moment), une “audience pré-procès” liée à la plainte de Nafissatou Diallo débutera, au cours de laquelle les deux parties livreront leurs témoignages et échangeront sur les éléments dont elles disposent.

La plainte au pénal contre DSK a, elle, été abandonnée le 23 août 2011. Le procureur avait annoncé un non-lieu sur la base du manque de crédibilité de l’ex femme de chambre, dont le discours était entaché d’incohérences apparues au cours de l’enquête. L’économiste n’a pas été blanchi pour autant, le procureur estimant qu’il y avait quand même eu une “relation sexuelle précipitée”.

• L’affaire du Carlton de Lille

L’ex directeur général du FMI est aussi concerné par une toute autre affaire, celle dite du “Carlton” de Lille, dans laquelle il est officiellement mis en examen pour “proxénétisme aggravé en bande organisée” et placé sous contrôle judiciaire, avec obligation de verser une caution de 100 000 euros. Il encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

L’affaire remonte à début octobre 2011, lorsque le nom de Dominique Strauss-Kahn est cité dans l’affaire belge de proxénétisme de Dominique Alderweireld, dit “Dodo la Saumure”. DSK proteste et veut “être entendu le plus rapidement possible” par les juges. Placé en garde à vue à la gendarmerie de Lille le 21 février dernier, il est mis en examen le 26 mars, les juges en charge de l’affaire estimant que les “parties fines” à l’hôtel Carlton de Lille étaient spécialement organisées pour le socialiste.

L’enquête suit actuellement son cours, mais pourrait prendre une tournure plus grave encore. Les juges d’instruction pourraient qualifier les faits de “viol en réunion”, après la déposition d’une prostituée ayant participé à des soirées privées en compagnie de DSK à Washington, en décembre 2010. Une version récemment mis en doute par une autre prostituée présente ce soir-là, sur laquelle le tribunal de grande instance de Lille pourrait se prononcer dès la semaine prochaine, selon Maud Peraudeau, du département Politique judiciaire de la ville, au parquet de Lille.

Les juges d’instruction annonceront alors soit l’ouverture d’une enquête préliminaire sur le supposé viol en réunion, soit le refus d’explorer cette piste. “Si jamais le parquet décidait de poursuivre, cette nouvelle enquête viendrait alors s’ajouter à la première affaire”, à savoir la mise en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée, selon Maud Peraudeau.

Dominique Strauss-Kahn, lui, conteste toujours les faits et a demandé l’annulation de ces poursuites, expliquant ne pas savoir que les femmes rencontrées étaient des prostituées.

• L’affaire Tristane Banon

Les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire Banon sont abandonnées depuis le 13 octobre 2011. Le procureur de Paris par interim, Dominique Planquelle, avait estimé ne pas avoir suffisamment d’éléments pour engager des poursuites pour tentative de viol de DSK sur Tristane Banon, et requalifié les faits en délit d’agression sexuelle, sur lesquels s’applique aujourd’hui la prescription de trois ans pour ce type de délit.

La journaliste et écrivaine avait porté plainte contre l’ex ministre début 2011, l’accusant d’avoir tenté de la violer lors d’une interview dans un appartement parisien en 2003. DSK avait riposté en déposant devant la justice une plainte pour dénonciation calomnieuse.

Le 19 octobre, Tristane Banon a renoncé à déposer une nouvelle plainte. “Cette décision du parquet, bien qu’insatisfaisante, constitue une première victoire pour Mademoiselle Banon” avait alors déclaré son avocat, Me David Koubbi, dans un communiqué. Le parquet de Paris a en effet reconnu qu’il y avait tout de même eu agression sexuelle.

• L’affaire Piroska Nagy

Souvenez-vous : en octobre 2008, le FMI annonce enquêter sur la liaison entre le patron de l’institution et Piroska Nagy, une économiste hongroise travaillant au département Afrique. La jeune femme l’accuse de harcèlement et d’avoir abusé de sa position pour la séduire, le décrivant comme “peu apte à diriger une organisation internationale où travailleraient des femmes”. DSK sera finalement blanchi par l’institution.

Deux affaire à suivre, donc, impliquant Dominique Strauss-Kahn : la plainte au civil de Nafissatou Diallo, jugée à la Cour suprême du Bronx à New York, et la mis en examen par le parquet de Lille, qui devrait se prononcer dès la semaine prochaine sur la poursuite, ou non, de la procédure concernant l’accusation de viol en réunion.

 

Sigur Rós : “Valtari” en écoute en avant-première dès demain

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 14:01

On le sait : les Islandais seront de retour le 28 mai avec un sixième album plus qu’attendu. Pour patienter jusqu’à la sortie officielle de Valtari, le groupe proposera demain une préécoute du disque.

Petite particularité de l’opération : l’écoute se fera par fuseau horaire et ne durera qu’une heure. A 19h, heure locale, le player ci-dessous se débloquera et dévoilera, en exlusivité française, les titres de Valtari jusqu’à 20h, heure à laquelle le fuseau horaire suivant prendra le relais.

Préparez donc vos casques et vos oreilles : rendez-vous ici même demain à 19h pour l’écoute en avant-première du nouveau Sigur Rós.

Pourquoi Martine Aubry n’entrera pas au gouvernement

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 11:45

Martine Aubry n’entrera pas au gouvernement, selon une information du Monde.fr Ni à Matignon où a été nommé Jean-Marc Ayrault, très proche de François Hollande. Ni à aucun autre poste. La proposition lui avait été faite de devenir numéro deux du gouvernement, avec donc le titre de ministre d’Etat comme en 1997, pour endosser un gros portefeuille : l’éducation, la jeunesse, la culture. La culture ? Un domaine qu’elle aime particulièrement et qu’elle disait, grand sourire, vouloir prendre quand elle ne montrait rien de ses ambitions avant la primaire.

Depuis, elle a été candidate à la primaire et même finaliste avec 43,4% des voix contre François Hollande (56,6%). De quoi revoir ses priorités. Et pour celle qui avait marqué le gouvernement Jospin, entrer au gouvernement sans aller à Matignon n’avait pas de sens.

La conversation avec François Hollande a eu lieu lundi 14 mai, après le conseil national. Non par téléphone mais en direct. Entre eux. C’est à ce moment, même si elle s’en doutait, qu’elle comprend que Jean-Marc Ayrault sera nommé le jour de la passation des pouvoirs au poste de Premier ministre. D’ailleurs, sa moue en dit long quand, à l’Elysée, le nouveau Président de la République salue Jean-Marc Ayrault. Installée en face, aux côtés de son époux Jean-Louis Brochen et de Pierre Moscovici, elle détourne rapidement le regard. Elle sait qu’elle n’en sera pas.

Dès lors, elle conduira en tant que première secrétaire du PS la bataille des législatives. Son mandat s’achève en octobre 2012, date du congrès. Elle a plusieurs fois répété qu’elle ne serait pas candidate à un second mandat. D’autres sont sur les rangs pour prendre son fauteuil, comme Harlem Désir ou Jean-Christophe Cambadélis. Pour autant, elle pourrait toujours changer d’avis. En tout cas, elle a déjà confirmé qu’elle continuerait à jouer un rôle politique au niveau national.

The Hives : concert à La Gaîté Lyrique à suivre en direct

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 11:30

Lex Hives, le cinquième album studio des Suédois, est prévu pour début juin. Mais The Hives donneront certainement un avant-goût des chansons à paraître dès ce soir lors de leur concert très attendu à La Gaîté Lyrique. Pour l’occasion, toute l’équipe de Sourdoreille se mobilise pour capter chaque vibration du concert. Un dispositif renforcé avec six caméras est même prévu pour ne rien rater du son et de l’image du spectacle à venir. Rendez-vous est donc pris dès 20h45 à cette adresse pour vivre le concert depuis votre canapé, comme si vous y étiez.

Edito : François Hollande va-t-il changer l’Europe?

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 11:08

Malgré ses divergences avec Mme Merkel, François Hollande va-t-il changer l’Europe ? Peut-être.

Depuis Giscard et Mitterrand, nous avons élu le premier président de la République favorable à une marche vers le fédéralisme. M. Chirac, qui avait dénoncé à la sous-de Gaulle l’union de notre continent, devint un Européen de raison. Son Premier ministre Lionel Jospin, formé au chauvinisme révolutionnaire par le trotskisme lambertiste, fut un Européen contraint. Quant à Nicolas Sarkozy, il n’a cessé de promouvoir une Europe des Etats plutôt qu’une démocratie européenne. Durant son quinquennat, il a transformé le projet fédéral lancé par Jean Monnet et Robert Schuman en condominium franco-allemand, soit une Europe de deux nations. Comment faire aimer au peuple une politique de cabinet ?

François Hollande, lui, se réclame de Jacques Delors et de François Mitterrand. Il a approuvé Maastricht et engagé le Parti socialiste, sans succès hélas, dans le “oui” au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel. Saura-t-il rouvrir cette Europe à deux, le Merkozy, aux vingt-cinq autres adhérents ? Cela fait dix ans que l’on abandonne l’Europe à ses contempteurs d’extrême droite et d’extrême gauche. Lorsqu’en 2004, l’UE s’est élargie à dix nouveaux membres, les ex-démocraties populaires plus Chypre, personne n’a expliqué l’espoir représenté par ces adhésions pour constituer un bloc capable de parler avec les géants américain, chinois et la part du tiers-monde sur la voie du développement.

A l’époque, les Européens ont laissé la parole à leurs adversaires. Pis : les Etats ont tout fait pour abaisser les institutions fédérales, poussant à leur tête des personnages qui ne faisaient consensus que par leur médiocrité et leur effacement, MM. Barroso, Van Rompuy et la nullissime baronne Ashton.

L’Europe unie, avec une part croissante de fédéralisme, représente le seul avenir pour nos pays accablés par la dette et la récession. La solidarité apporte plus de solutions que de sacrifices. François Hollande osera-t-il le dire, le répéter, l’expliquer et le faire avec les autres peuples qui regardent encore vers la France ? L’Europe, c’est maintenant.

Deuxième jour du procès antiterroriste: ADN et bouchons de bouteilles

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 08:43

L’ADN de Damien B., l’un des six prévenus jugés à Paris depuis lundi pour association de malfaiteurs “en vue de la préparation d’actes de terrorisme”, a été retrouvé sur le bouchon d’une bouteille. Cette bouteille et cinq autres, raccordées à des fagots d’allumettes et des cigarettes faisant office de retardateur, auraient mis le feu à une dépanneuse de police garée devant un commissariat rue de Clignancourt en mai 2007 si le dispositif avait fonctionné. Damien B. n’a “aucune explication à donner” :

“J’ai déjà été en contact avec des bouteilles. Je ne m’explique pas que mon ADN se retrouve sur un engin incendiaire.”

Il évoque la possibilité d’un ADN “volatile” puisqu’il ne connaît pas “la nature de la trace retrouvée” : salive, cheveu, poil ou autre.

Comme ses coprévenus, il assume par ailleurs sa condition de militant politique aux côtés des sans-papiers, contre les centres de rétention, contre les prisons. Chez lui, les policiers ont trouvé des tracts, des revues, des affiches, des livres “relatifs à la lutte anarchiste”. “J’ai toujours reconnu m’intéresser à ces sujets-là, pas seulement du point de vue informatif mais aussi militant”, explique Damien B.. Le public, venu en soutien, pouffe de rire quand la présidente lui demande s’il a déjà adhéré à Amnesty international ou au Samu social.

Lorsqu’il est interpellé en janvier 2008, les policiers l’associent à la “mouvance anarcho-autonome francilienne”, un terme que Damien B. qualifie de “création policière apparue à un moment dans les journaux”. La présidente promet qu’elle “essaiera de voir ce qui peut se retrouver là-dedans”. Jamais condamné auparavant, il se retrouve mis en examen dans un dossier antiterroriste avec son colocataire de l’époque, Ivan H., un ami, Bruno L., et trois autres personnes accusées d’une série d’actes de sabotage.

Dans le cas de Franck F., la présidente revient longuement sur les autocollants et tracts collés sur son frigo. Accoudé au bureau, il commente la photo de son intérieur et revient sur les images de manifestations en Grèce perquisitionnées chez lui.

L’ADN de Frank F., lui, n’a pas voltigé jusque sous la dépanneuse. Quatre jours après Damien B., en janvier 2008, il est arrêté en voiture avec son amie et co-prévenue, Ines M., par des douaniers “sans doute à la recherche de stupéfiants” au péage de Vierzon. Dans le sac à dos de la jeune femme et dans la voiture sont saisis 1,7 kg de chlorate de soude, du chlorate de potassium, des plans de l’établissement pour mineurs de Porcheville et des livres en anglais et en italien sur le sabotage et les explosifs.

Franck F. a toujours dit qu’il ignorait le contenu du sac et le maintient. Mais, “bien connu des renseignements généraux depuis 2003” pour sa participation à des manifestations et sa présence lors de l’évacuation de squats, il est confié aux services antiterroristes. Même chose pour Ines M., complètement inconnue des RG. Elle s’explique sur le contenu du sac :

“Quelques jours avant, j’ai fait du rangement chez moi et trouvé ces documents, en anglais et en italien, et les plans. J’ai pensé à des affaires égarées par des personnes qui seraient passées par là, et je me suis dit que je n’avais pas très envie de garder ça chez moi.”

La veille de son interpellation, Ines B. lit dans Le Parisien un article sur trois anarchistes arrêtés avec du chlorate de soude. Il s’agit de Bruno L., Ivan H. et Damien B., mais elle dit ne pas le savoir à ce moment-là. “Prise d’une peur irrationnelle”, elle décide de se débarrasser des documents et du chlorate de soude qu’elle avait acheté “pour désherber une souche” et “faire des fumigènes”. Elle compte les transporter dans sa maison de la Creuse, pour “s’en débarrasser ou les éloigner“.

La présidente : “Saviez-vous que le chlorate de soude peut entrer dans la fabrication d’explosifs?”
Ines M. : “Oui, mais ce n’est pas parce qu’on a entendu parler de quelque chose qu’on en connaît la fabrication et l’usage.”
La présidente : “Saviez-vous que le chlorate de potassium, lui aussi, peut servir à fabriquer des explosifs?”
Ines M. : “Non. C’est un médicament contre la toux et les maux de gorges, en vente libre en Espagne.”

Sur l’engin incendiaire déposé sous la dépanneuse en 2007, cinq traces ADN ont été retrouvées. Trois correspondent aux ADN d’Ines M., de son frère Xavier M. et de Damien B. Les deux autres restent non attribuées. Ines M. “conteste l’utilisation de l’ADN comme preuve” :

“Je ne m’explique pas sa présence. Il se peut qu’un cheveu se déplace partout, transporté par des objets.”

Placée en détention, elle est transférée de prison en prison, à Sequedin, à Rouen, à Versailles. “On a couru toute la France pour la voir, ça a handicapé sa défense”, tonne son avocat. Mercredi, la présidente compte revenir sur les manifestations de solidarité organisées à l’extérieur pendant la détention de sa cliente.

Les téléchargements de la semaine (71)

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 08:30

- Comme elle l’avait promis sur son twitter la semaine dernière, Azealia Banks a mis en téléchargement Jumanji, extrait de Fantastic, la mixtape qu’elle prévoit de sortir cet été. Si la chanteuse américaine continue de respecter son planning, son EP 1991 devrait sortir d’ici la fin du mois, et son premier album Broke With Expensive Taste à l’automne. D’ici là, apprécions ce morceau festif et tropical produit par les DJs britanniques Hudson Mohawke et Nick Hook.

- Le très dylanien The Tallest Man On Earth nous fait cadeau d’un beau morceau, 1904, extrait de son prochain album There’s No Leaving Now, et nous prouve que son songwriting n’a pas pris une ride et reste toujours aussi délicatement touchant. C’est à télécharger ici.

- Oberhofer, qui présentera son premier album Time Capsules II, qu’il vient de sortir, au Point Éphémère samedi 19 mai, a dévoilé une jolie reprise du Runaway de Kanye West. L’exercice, périlleux, aurait pu tourner à la catastrophe, mais le groupe de Brooklyn s’en sort à merveille.

- Côté électro, les DJs de Club Cheval (Canblaster, SamTiba, Pantero666, et Myd), présents au festival de Dour le 14 juillet et à Rock en Seine en août, ont concocté une chouette mixtape pour le magazine Dazed and Confused. Au menu : This Shit Real N**** de The Dream en featuring avec Pharrell Williams, un remix de Cee-lo-Green, des bootlegs un peu partout, et un morceau de Daniel Balavoine, pour finir en beauté. Les quatre Club Cheval en ont profité pour expliquer au magazine les raisons pour lesquelles ils ont réalisé cette mixtape : “ça a toujours été difficile pour nous d’expliquer nos influences. Cette mixtape rassemble la musique qui nous a construit en tant que personne et en tant que producteurs de musique. Nous avons fait un loooooooong voyage au plus profond de nos souvenirs les plus obscures, de nos coups de cœur actuels, tout ce qui nous a amené à notre premier single.”

- C’est le nouveau collectif suédois Ingrid, fondé par Lykke Li, Miike Snow, Björn Yttling de Peter, Bjorn and John et Joakim Alhund de Teddybear, entre autres, qui a sorti le morceau From Time to Time de Smile, projet de Bjorn Yttlinfg et Joakim Alhund. Un avant-goût très convaincant de leur prochain album, A Flash In The Night, à télécharger ici.

- On vous en parlera plus amplement vendredi dans les 5 groupes à suivre mais l’électronicien Luxembourgeois Sun Glitters offre cette semaine une énième mixtape concoctée par ses soins. Au programme Burial vs Four Tet, Mount Kimbie, Health, Space Ghost et tout un tas d’autres super morceaux aussi enivrants les uns que les autres. Pour télécharger la petite merveille (et toutes les précédentes), il suffit de cliquer sur download sur le player Soundcloud ci-dessous – une bonne manière de patienter en attendant son concert du 26 mai au festival Europavox à Clermont-Ferrand.

- Côté hip-hop, on trouve Zero Dark Thirty, extrait du prochain album d’Aesop Rock prévu pour le 10 juillet prochain. On en profite pour revoir le clip plein de graffitis du single, sorti par la star du hip-hop underground le 8 mai dernier. Le morceau est à télécharger ici.

- La folkeuse Marissa Nadler a dévoilé un extrait de son prochain album The Sister, qu’elle sortira le 29 mai via son propre label Box of Cedars. Apostle, balade folk apaisante, nous berce, loin du monde extérieur, bruyant et étouffant.

- Les deux frangines de 2:54, qui jouaient au Great Escape le week-end dernier et qui n’en finissent plus de monter, ont dévoilé un nouveau morceau, The March, qui n’apparaîtra pas sur leur premier album. La mélancolie qui s’en dégage couplée à une guitare mélodique et une ambiance plutôt sombre, à la limite du gothique, rappelle The XX… en moins bien. Mais c’est quand même à découvrir ici.

- On parle beaucoup des anglo-saxons, mais il y a aussi de (très) bons morceaux à découvrir cette semaine en France. A commencer par un extrait du prochain EP du groupe rennais Popopopops, A Quick Remedy. Avec son refrain entêtant (“my mind is old”… attention il vous trottera un bon moment dans la tête !) et ses surprenantes harmonies vocales, My Mind Is Old est une très agréable surprise, qui rappelle les tubes électro-rock des bordelais Adam Kesher. Espérons que leur EP soit à la hauteur de cette première pépite à télécharger sur le site Internet du groupe en échange d’une adresse mail.

- Autre ville autre style avec “xxxHATExxx” de Total Warr. En attendant l’EP que doit sortir le duo parisien cet été, ce très bon morceau d’électro-pop aux accents mélancoliques nous fait planer et danser. C’est à télécharger ici.

- Deux compilations ont retenu notre attention cette semaine. Tout d’abord, celle concoctée par la petite salle de concert parisienne L’Espace B. On y (re)découvre les DZ Deathrays, groupe australien de rock rageur qui vient de sortir son premier album, Bloodstreams, l’imprononçable Tonstartssbandht et ses morceaux joyeusement bordéliques, et Fenster, duo germano-américain à la pop-folk orchestrale.

-Ensuite, celle que propose La Poudrière, salle de musique actuelle de la Rochelle. Au programme : une tripotée de groupes français prometteurs, avec, entre autres, un morceau pétillant de Hyphen Hyphen, qui savent rendre leurs compositions électro-rock totalement explosives, l’électro-pop joyeuse de Colt Silvers et la pop mélancolique des Clermontois Niandra Lades. C’est à télécharger ici.

- Vous vous demandiez où était passé le premier bassiste de Metronomy, qui avait disparu juste avant que le groupe ne connaisse un véritable succès ? Et bien il s’est affublé du pseudo Night Works, et un de ses morceaux, I Tried Hard, vient d’être remixé par le producteur anglais Gold Panda. ça grésille, ça tourne la tête et ça nous plait bien.

- Toujours dans le remix, le groupe australien Van She s’est éclaté avec un morceau de Tom Vek. Le tout dure pas moins de sept minutes et est à télécharger ici.

- Mais Van She est battu à plates coutures par D’eon, qui a mis en téléchargement un morceau de neuf minutes, Al Qiyamah. L’occasion de se plonger dans la musique pop et expérimentale de cet artiste montréalais qui a sorti un split avec Grimes. Pour l’écoute c’est par ici.

LA Vampires & Octo Octa // “Wherever, Boy”

les Inrocks - 16 mai, 2012 - 07:20

Quand elle ne dirige pas le très bon label angeleno 100% Silk, Amanda Brown prend en main les LA Vampires. Associée le temps de cette bombinette house au producteur electro lo-fi Octo Octa, elle revisite avec nostalgie et tendresse les années 90. L’équipe 100% Silk, qui mérite bien son nom, sera à Paris en masse, le 5 juin au Pompon.

Une journée dans la vie d’un Président normal

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 18:54

Dès 7h00, des militants de l’UMP qui avaient tous reçu un SMS demandant de réserver un dernier accueil chaleureux « à [leur] président » se massent devant les portes de l’Elysée. Drapeau tricolore gardé des meetings et ressorti pour l’occasion sur lequel on peut lire « Merci Nicolas », affiches de la France forte plaquées contre les barrières de sécurité, ils sont prêts et entonnent : « Rendez-nous Sarkozy ! » ou « Avant cinq ans, c’est la guerre ! »

Vers 9h00, le gros des journalistes accrédités pour la passation de pouvoir et les invités arrivent. Certains se font copieusement huer : Pierre Moscovici, Pierre Mauroy ou Laurent Fabius, qui se fait accueillir au son de « Fabius pourriture ». Voyant le climat dégénérer, un conseiller de l’Elysée tente de calmer le jeu. Peine perdue. Les militants reçoivent un SMS – « Calmez-vus, ça donne une mauvaise image de nous » - qui fait redescendre le ton général.

A l’intérieur de la Cour, alors que les journalistes, photographes et cameramen sont pour beaucoup postés sur les toits, les équipes de Nicolas Sarkozy et de François Hollande se croisent. Franck Louvrier dit qu’il n’a aucune tristesse. Henri Guaino accorde une dernière interview dans la Cour tandis que Stéphane Le Foll, suivi de Faouzi Lamdaoui, progressent sur le tapis rouge, les yeux écarquillés:

« Ça m’a fait drôle, raconte Le Foll aux Inrocks, depuis le temps que je vois les images de la cour de l’Elysée. Là, j’ai marché sur le tapis rouge ! »

A l’intérieur, les invités, installés de part et d’autres de la Salle des fêtes attendent l’arrivée de Hollande bercés par l’orchestre de la Garde républicaine qui interpète Purcell, Lully, Mozart, Vivaldi. Pierre Moscovici a la mine réjouie. Signe d’une nomination? François Chérèque, de la CFDT, est en grande conversation avec Laurence Parisot, du Medef. Mazarine Pingeot confie: « Je n’étais pas à la passation de pouvoirs avec mon père, je me rattrape », tandis que Jean-Pierre Jouyet, qui a maladroitement assuré ce mardi matin que Jean-Mac Ayrault serait le nouveau Premier ministre, passe la plupart de son temps à se confondre en excuses.

Première nouveauté dans cette cérémonie sobre : Carla Bruni accueille Valérie Trierweiler. C’est la passation entre les premières dames. L’entretien entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, quant à lui, est court. La poignée de main à la sortie est fraîche. Carla Bruni, saluant le nouveau président, lui déclare sur le perron de l’Elysée :

« Au revoir, M. le président. Bon courage. Mes hommages. »

L’ex-couple présidentiel n’est pas raccompagné à sa voiture. Il s’en va à pied jusqu’à son véhicule. La page se tourne. Pourtant certains ont du mal à suivre… « Il est où Sarko… euh Hollande », s’emmêle un journaliste.

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10H40. François Hollande est officiellement investi septième président de la Ve République, sa compagne Valérie Trierweiler semble émue. Le président du Conseil constitutionnel consacre ce moment solennel par ces mots : « Vous incarnez la France, vous symbolisez la République. » A son tour, le nouveau président prend la parole. Pas de fioritures. Pas d’excès. Un discours très politique, mais bien plus long que ses prédécesseurs. Onze minutes pour marquer ses différences avec Nicolas Sarkozy et sa pratique du pouvoir :

« Je fixerai les priorités, mais ne déciderai pas de tout pour tout et partout. (…) Le Parlement sera respecté dans ses droits, la Justice disposera de toutes les garanties de son indépendance, le pouvoir au sommet de l’Etat sera exercé avec dignité mais simplicité. »

Rendant hommage à l’action de chacun de ses prédécesseurs, Hollande se contente de souhaiter à Nicolas Sarkozy des « vœux pour la nouvelle vie qui s’ouvre devant lui ». Fermez le ban.

Le moment tant attendu par les invités est arrivé : François Hollande serre la main à chacun. On guette auprès de qui il s’attarde, comme Jean-Marc Ayrault, pas encore nommé officiellement à Matignon à ce moment-là. En face, Martine Aubry a la mine agacée et la moue boudeuse. Hollande s’attarde aussi longuement auprès de Bertrand Delanoë, mais passe rapidement auprès de Stéphane Le Foll, son fidèle dont on dit qu’il ne devrait pas entrer au gouvernement. Les deux hommes se sont parlé plus longuement ensuite au cocktail qui suivait, le président assurant l’historique de « son amitié ».

Certains, pourtant, connaissent déjà leur nomination, comme Aquilino Morelle, la plume de Hollande pendant la campagne et désormais « conseiller politique » du Président. En somme la place d’Henri Guaino. Il rectifie en plaisantant:

« Guaino était conseiller spécial. Il n’y a pas de conseiller spécial pour un président normal. »

Après une rapide revue de la Garde républicaine sous la pluie, François Hollande a remonté les Champs-Elysée dans sa voiture de fonction DS5 hybride. On dirait un format pocket. Décapotable, elle lui permet de se hisser, une barre pour se tenir et faire coucou de la main à des Champs plutôt déserts. La faute au temps ? Car la pluie s’abat sur lui. Littéralement trempé, les lunettes couvertes de gouttes d’eau, le Président ne bronche pas. Il s’incline, stoïque, devant la tombe du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe. Et s’adonne à son premier bain de foule de la journée.

De retour à l’Elysée, il en profite pour aller saluer quelques journalistes. Et quand on lui demande s’il craint la pluie en ce jour de passation des pouvoirs, il répond : « Je ne crains rien. »

Après un changement de costard, un déjeuner avec les ex-premiers ministres socialistes où François Hollande n’a pas dû mourir de faim -pressé de langoustines aux agrumes, côte de boeuf grillée vigneronne servie avec carottes nouvelles au jus, suivis de fromages et de macarons à la fraise avec des glaces au mascarpone – il doit partir aux Tuileries pour rendre hommage à Jules Ferry. Une idée de Manuel Valls et Aquilino Morelle qui, en cherchant sur Google où se trouvait une statue de Jules Ferry, n’ont vu qu’il n’y en avait qu’une… dans ce jardin !

Aux Tuileries, sous une grande tente transparente, des enseignants, représentants de parents, des syndicats, des élèves sont présents. Tous les anciens ministres de l’Education socialistes sont là : Jack Lang, Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement. Il n’en manque qu’un: Claude Allègre, qui a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy pendant la campagne. Ils entourent Vincent Peillon, pressenti comme futur ministre de l’Education nationale. Lui balaie d’un revers de la main en souriant:

« L’engagement de Hollande pour l’école est total. C’est la priorité. Le reste est secondaire. »

Surtout ne pas insulter l’avenir. Dans son discours à nouveau très politique et très applaudi, François Hollande envoie un “message de confiance à l’Education nationale”, répondant indirectement à Nicolas Sarkozy qui, en décembre 2007, lors de son discours de Latran, avait expliqué que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ».

Réponse de François Hollande:

« Une chose est pérenne, une chose est éternelle: si le savoir n’est pas le monopole du maître, celui-ci doit garder la responsabilité d’en ordonner le sens. »

Répondant aux attaques de Luc Ferry qui disait lundi ne pas comprendre qu’on puisse rendre hommage au colonisateur Jules Ferry, Hollande a qualifié cet aspect de « faute morale et politique » et affirmé ne rien « ignorer de ses égarements politiques ». Commentaires dans l’assistance: « Ah ça fait du bien », « qu’est-ce que ça change »…

Jack Lang, déçu de voir que les journalistes cherchaient plutôt à parler à Vincent Peillon, était finalement content de voir que, sur le trottoir devant les Tuileries, des badauds lui demandaient des autographes.

A 14h40, François Hollande arrive à l’Institut Curie. Il est largement applaudi à son arrivée. Mais décidément, il n’a pas de chance. Un vent froid s’est levé et de la grêle tombe. Pour Vincent Peillon :

« Investiture pluvieuse, quinquennat heureux »

15h20, avec un retard sur le programme de la journée, François Hollande arrive à l’Hôtel de Ville. Et rebelote, nouveau petit bain de foule. L’entretien entre le maire et le nouveau président dure… Un signe ? « Il n’y a pas de sujet », esquive Bertrand Delanoë. Tout le monde esquive la question de peur de voir échapper son maroquin. On n’a jamais vu les socialistes aussi tendus ! D’autant plus que les premières nominations tombent.

Vers 15h50, l’info se répand de téléphones en téléphones : le préfet Pierre-René Lemas est nommé secrétaire général de l’Elysée. C’est à lui qu’il reviendra d’annoncer le nom du Premier ministre. Bertrand Delanoë et François Hollande se prennent dans les bras. Moment de complicité.

Dans son discours de près d’une demi-heure, François Hollande s’engage à « créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une métropole parisienne, capable d’affronter à l’échelle pertinente tous les défis qui se présentent à elle ». Et d’ajouter :

« Nous nous appuierons sur les structures qui existent: Paris-Métropole. »

Une façon de tuer dans l’oeuf le projet du Grand Paris de Nicolas Sarkozy. Jusqu’au bout, tout en sobriété dans cette journée où François Hollande a voulu rester lui-même, il s’est opposé point par point à Nicolas Sarkozy.

Le voilà qui file pour Berlin. Tout est bien qui fini bien? Non ! L’avion transportant le Président, qui volait pour l’Allemagne où Angela Merkel l’attendait pour un dîner de travail, est contraint de faire demi-tour, touché par la foudre. Passation pluvieuse, passation…

Discours, averses et poignées de mains: la journée de François Hollande en vidéos

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 17:57

Très matinaux, des militants UMP sont venus remercier Nicolas Sarkozy pour la dernière fois et ont hué les invités de gauche.

A 10h, François Hollande arrive au Palais de l’Elysée, et remonte le tapis rouge à la rencontre de Nicolas Sarkozy. Poignée de main “cordiale mais sans chaleur particulière”.

Après un bref entretien en tête-à-tête, Nicolas Sarkozy quitte l’Elysée. On atteint le paroxysme du commentaire journalistique utile : “Pas le souvenir qu’un Président de la République ait quitté l’Elysée en tenant la main de sa femme.”

Investiture officielle par Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel.

Le nouveau président prononce alors son discours d’investiture.

François Hollande est fait Grand Croix puis Grand Maître de la Légion d’Honneur. S’ensuit la remise du collier d’or. 925 grammes tout de même.

21 coups de canon et une Marseillaise plus tard, le nouveau chef d’Etat s’emploie à remonter les Champs-Elysées dans une décapotable Citröen DS5 made in France. Il écope d’une douche toute présidentielle, qui lui vaut une pluie de commentaires amusés sur Twitter.

Après une pause lunch bien méritée, c’est l’heure de la tradition républicaine de l’hommage à de grandes figures de la République. Le nouveau chef de l’Etat a choisi Jules Ferry, fondateur de l’école républicaine, et Marie Curie-Sklodowski, prix Nobel de Physique et de Chimie : une manière de mettre l’accent sur l’enseignement et la recherche, deux des thèmes phares de sa campagne électorale.

Dernière étape du rituel : la tradition républicaine de la visite du nouveau Président au Maire de Paris. Contrairement à Sarkozy en 2007, Hollande a droit à l’écran géant.

Le nouveau secrétaire général de l’Elysée Pierre-René Lemas déclare officiellement la nomination de Jean-Marc Ayrault, patron des députés socialistes à l’Assemblée nationale et député-maire de Nantes, au poste de Premier ministre (voir notre article : Le parcours de Jean-Marc Ayrault en vidéos).

Pour bien terminer cette journée paisible, François Hollande prenait l’avion pour rencontrer Angela Merkel. Jusqu’à ce que la foudre frappe le Falcon, obligeant le nouveau Président à faire demi-tour pour changer d’appareil.

Jean-Marc Ayrault nommé Premier ministre: son parcours en vidéos

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 15:53

Ce matin, Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et grand ami de François Hollande, avait déjà vendu la mèche sur RTL. A 62 ans, Jean-Marc Ayrault vient d’être nommé Premier ministre. L’occasion de revenir en images sur le parcours du député-maire de Nantes, connu pour être un homme réservé et modeste, germanophile, et maniant parfaitement la langue de bois.

Ancien professeur d’allemand, encarté au PS depuis 1971 et maire de Saint-Herblain depuis 1977, ce fils d’ouvrier devient député de Loire-Atlantique en 1986.

Deux ans plus tard, il se présente à la mairie de Nantes.

Il succède à Michel Chauty en mars 1989 : “Nantes, septième ville de France, doit retrouver son rang de capitale rayonnante et se positionner dans le peloton de tête des grandes métropoles européennes de demain”, déclare-t-il lors de son élection.

Jean-Marc Ayrault s’efforce de renouveler la vie culturelle de Nantes, de réaménager l’urbanisme du centre-ville et de développer les transports publics d’une ville longtemps surnommée “la Belle endormie”. Il est réélu sans difficulté en 1995, 2001 et 2008. Son action est perçue de manière plutôt positive par les Nantais. Malgré une âpre lutte des agriculteurs et écologistes contre le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dont Jean-Marc Ayrault est un fervent défenseur (ce qui a valu au projet le surnom d’”Ayraultport”).

En 1997, il devient président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Il connaît un revers marquant à cette fonction quand, en 1998, le projet de loi sur le Pacs échoue en première lecture – en cause : l’absentéisme des députés de la gauche plurielle ce jour-là.

S’il avait énergiquement défendu Ségolène Royal il y a cinq ans, en 2012 Jean-Marc Ayrault soutient François Hollande, son ami depuis quinze ans, dès la primaire socialiste. Conseiller spécial du candidat socialiste, il l’accueille à Nantes en décembre 2011, et participera à de nombreux meetings pendant la campagne.

Au lendemain de l’élection de François Hollande, son nom commence à circuler pour le poste de Premier ministre. Le député-maire doit alors faire face à une polémique montée en épingle par la droite : en 1997, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour délit de favoritisme dans l’attribution d’un marché public. Il avait octroyé, sans appel d’offres, le marché d’impression du journal municipal nantais à la Société nouvelle d’édition et de publication (Snep) dirigée par Daniel Nedzela, homme d’affaires proche du PS. Il a depuis été réhabilité – la condamnation a été effacée de son casier judiciaire en décembre 2007 – et affirme qu’“en aucun cas les faits n’ont mis en cause ni [son] intégrité ni [son] honneur“.

Les concours de la semaine

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 14:11

Musique :


Les maitres de la spleen-pop Death Cab For Cutie seront en tournée en France fin mai/début juin. Le groupe américain fondé par le chanteur et guitariste Ben Gibbard s’arrêtera ainsi par le Trianon à Paris le 28 mai, l’Epicerie Moderne à Feyzin le 29 mai, le Bikini à Toulouse le 30 mai et le Krakatoa à Bordeaux le 7 juin.

 

Le festival Les 3 Éléphants aura lieu le 11 et 13 mai prochain à Laval. Pour l’occasion, une compilation du festival, contenant une sélection des artistes de l’édition 2012, est disponible. On y retrouve notamment Baxter Dury, C2C, Michel Cloup ou encore Bass Drum of Death.

 

Le talentueux Young Man s’invite le 30 mai au Petit Bain à Paris. L’occasion de découvrir une pop qui n’a pas les pieds sur terre, légèrement psychédélique et délicieusement charmante.

 

Le 22 mai prochain, le Nouveau Casino ouvre ses portes aux jeunes talents francophones. Le phrasé désabusé et les sonorités eighties du Bordelais Sydney Valette et l’univers déjanté de Hold Your Horses ! seront ainsi à l’honneur.

 

 

Pour participer à ces concours, il vous suffit d’envoyer un courrier à concours@inrocks.com, en indiquant l’évènement souhaité, vos noms, prénoms, ainsi que vos adresses postales.

Gérard du cinéma 2012: et les lauréats malgré eux sont…

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 10:50

La fine fleur du cinéma français peut aborder le festival de Cannes avec sérénité : aucune chance que ce soit pire que les Gérard du cinéma décernés lundi soir. La mission est réussie pour Frédéric Royer, Arnaud Demanche et Stéphane Rose, le trio infernal à l’origine de la cérémonie parodique, qui en a une nouvelle fois mis plein la gueule au 7e art tricolore.

Dans la salle, parmi le public hilare, quelques célébrités sur le déclin comme Jean-Luc Lemoine ou Vincent Mc Doom. La star de la soirée ne souffre de toute façon pas la comparaison. Bruce Willis (ou plutôt la voix française de Bruce Willis) était en duplex depuis les United States of America (ou plutôt pré-enregistré pas très loin du théâtre).

Entre les vannes, les bides et les fausses bandes-annonces interprétées par les trois présentateurs, on en oublierait presque que 19 récompenses ont été décernées. Jean Dujardin a sans surprise remporté le Gérard de l’acteur, on espère que tu l’aimes bien, parce que t’es parti pour voir sa gueule partout pendant les trente prochaines années, tandis qu’Intouchables repartait avec le Gérard du film avec des malades, des handicapés, des béquilles, des brancards, des fauteuils roulants, de l’Actifed, du Voltarène, du Primpéran, des bilans sanguins, des feuilles de remboursement, des courbes de température et des plateaux repas avec de la macédoine tiède. Et un petit suisse.

Jean-Paul Rouve, seul nominé dans la catégorie Robin des bois qui devrait arrêter, maintenant. Ou à la limite reformer les Robins des bois. Mais loin. A Sherwood, par exemple s’est vu décerner par contumace le fameux parpaing d’or, tandis qu’Arielle Dombasle, qui était pour la première fois en compétition avec une autre actrice pour le Gérard de l’actrice qui bénéficie le mieux des réseaux de son mari (avec Bérénice Béjo), a prouvé une fois de plus que BHL restait pour l’instant un meilleur parti que Michel Hazanavicius.

Les autres récompenses sont  :

Gérard de l’acteur qui ferait bien d’arrêter de se la jouer et d’apprendre à jouer tout court :
Anna Mouglalis dans Chez Gino (film qui a au passage remporté la “Pizza d’or”)

Gérard du film tellement riche en sucre, en miel et en guimauve que si t’as le malheur d’avoir pris du pop-corn, t’es sûr de dégueuler dans le seau :
Monsieur papa avec Kad Merad

Gérard de l’acteur qui a un prénom africain :
Sagamore Stévenin

Gérard du film qui n’existe pas. Encore :
Tous Coupable de Mathieu Kassovitz, avec Mathieu Kassovitz

Girard di film halal :
Beur sur la ville avec Booder (qui a annoncé via un faux-tweet préparer une suite : Cuisine au Beur)

Gérard du film en costumes qui s’est pris une veste :
Le Moine avec Vincent Cassel (c’est finalement Jean-Luc Lemoine, présent dans la salle, qui est monté sur scène chercher un trophée qui récompensait un film sur sa vie… du moins c’est ce qu’on pensait).

Gérard de l’acteur culte qui tournait dans des bons films. Et puis, un jour visiblement, ça l’a fait chier :
Jean-Pierre Bacri dans Avant l’aube

Gérard du rôle de sa vie :
Pierre Arditi dans LCL (qui a gagné à l’arraché devant Jean Rochefort dans Amaguiz et Alain Delon dans Krys)

Jérar du film tro golri )) ROTFLOL !!!!!! XDDDD !!!!!!!!!! fo tro k jaille le voir av les soss, pke jkiff tro c jore de film c tro bi1 !!! MDRRRRR ma louloutte jte kiff kissoukissou !!!
Hollywoo avec Florence Foresti et Jamel Debbouze

Gérard du désespoir féminin :
Judith Godrèche dans Low cost

Gérard du désespoir masculin :
Jean Reno dans Comme un chef

Gérard du film :
La Guerre des boutons et La Nouvelle guerre des boutons de Yann Samuell et de Christophe Barratier avec Eric Elmosnino et Mathilde Seigner et avec Laetitia Casta et Guillaume Canet (exæquos)

Trois autres catégories ont été ajoutées à la dernière minute. Fred Testot (d’Omar et Fred) s’est vu décerner le Gérard du membre de duo qui l’a dans le cul, Mais y va où le monde ? a remporté celui du film qui ne sait pas, qui ne sait plus…. Cerise sur le gâteau, 17 filles a été récompensé du parpaing d’or du film que tu vois parce qu’il te fait espérer des lolitas qui se roulent des pelles et se mettent des doigts dans leurs petits abricots rasés, mais en fait, même pas. Une chose est sûre : le cinéma français ne nous aura jamais autant régalé.

Considérations pyrotechniques au procès de la “mouvance anarcho-autonome”

les Inrocks - 15 mai, 2012 - 09:09

Une femme et cinq hommes, âgés de 29 à 31 ans, sont jugés depuis lundi au tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés de plusieurs actions de sabotage en 2006 et 2007, attribuées par la police à “la mouvance anarcho-autonome francilienne”, dont la tentative d’incendie d’une armoire électrique de la SCNF et la pose d’un engin incendiaire sous une dépanneuse de police. Au-delà des actes imputés à chacun (résumés ici), qu’ils contestent tous, ils se voient reprocher d’avoir créé ensemble “un groupement en vue de la préparation d’actes de terrorisme”.

A bas l’Etat, les flics et les patrons !”

Pendant que la présidente du tribunal lit l’ordonnance de renvoi, un rassemblement de soutien se déroule en fanfare de l’autre côté du mur pendant une bonne demi-heure. “Avec ou sans papiers, liberté pour tous !”, “A bas l’Etat, les flics et les patrons !”, crient les manifestants, parfaitement audibles depuis la salle d’audience où les bancs du public sont pleins.

Frank F., Ines M., Xavier M. (son frère), Damien B., Ivan H., et Bruno L. comparaissent libres, soumis à un contrôle judiciaire après plusieurs mois de détention préventive. Selon les cas, ils sont accusés d’avoir fabriqué l’engin incendiaire placé sous la dépanneuse de police le 2 mai 2007, d’avoir transporté des matières explosives ou inflammables, d’avoir essayé de mettre le feu à une armoire électrique de la SNCF en 2006, pendant la lutte anti-CPE à Paris, et d’avoir refusé de se soumettre au prélèvement ADN pendant leur garde à vue.

Ils vivent en squat ou dans des apparts avec la clé sous le paillasson pour ceux qui passent, se définissent comme “anticapitalistes” ou “contestataires” si la présidente leur demande, mais n’aiment pas trop se définir. Quatre sur six ont un casier vierge, deux ont déjà été condamnés, l’un pour pour le vol d’une pédale de vélo dans un magasin de sport et l’autre pour un vol aggravé. Le RSA constitue leur revenu principal, ce qui énerve l’un des juges assesseurs face à Bruno L. :

“- Vous acceptez l’argent que la société vous donne, il n’y a pas de contradiction?
- Non.
- Soit on accepte les règles du jeu, soit on les conteste jusqu’au bout. C’est ça être un vrai contestataire.”

Clous et poudre beige

Bruno L. et Ivan H. ont ouvert le bal des examens de personnalité et commencé à discuter les faits qui leur sont reprochés. Ils doivent s’expliquer sur cette journée du 19 janvier 2007 où ils sont contrôlés à Fontenay-sous-Bois alors qu’ils montent dans leur voiture pour se rendre à une manifestation devant le centre de rétention de Vincennes. La police trouve sur eux des clous pliés en trois et 1,7 kg de poudre beige. Damien L. est arrêté en même temps alors qu’il arrivait à mobylette.

S’ils gardent le silence en garde à vue, Bruno L. et Ivan H. ont la même version des faits depuis leur première audition par un juge : les clous sont des “crève-pneus” destinés à “bloquer la circulation” à proximité du centre de rétention. La poudre est un fumigène fait maison.

La présidente : “Vous avez ajouté du curcuma ?”
Bruno : “Oui, on s’est dit que peut-être ça ferait de la fumée jaune.”
Rires dans la salle.
La présidente : “Pourquoi n’avez-vous pas acheté un fumigène puisqu’il y en a des tout faits vendus dans le commerce qui marchent très bien ?”
Bruno : “Pourquoi se faire à manger quand il existe des plats préparés ?”

L’aspect artisanal des choses a son importance, puisque les enquêteurs ont d’abord interprété la poudre (du chlorate de sodium, du sucre et de la farine) comme un mélange explosif. Au labo, les premières conclusions sont alarmistes : une préparation “létale à plusieurs mètres” qui devient carrément “un engin à fragmentation” si l’on y ajoute les clous. Le rapport définitif, comme le précise la présidente, est “beaucoup plus nuancé” : le mélange “s’enflamme difficilement”. Si les deux amis voulaient faire une bombe, “le dosage est mal fait”. Ivan H., qui a acheté les ingrédients, conteste :

“Ce mélange était bien fait : cette recette et ces proportions ne permettent pas de le faire exploser. Il n’y a pas de raison de croire que ça devait servir à autre chose qu’à faire un fumigène.”

Outre la poudre, Bruno L. et Ivan H. transportaient des pétards. Ils disent avoir voulu “se rendre visibles” auprès des personnes retenues à Vincennes, “qui n’ont qu’une toute petite fenêtre”.

Documentation anarchiste

Ils reconnaissent sans peine leur participation à des manifestations “contre l’existence de ces centres et en solidarité avec les personnes enfermées” et à des occupations de bâtiments officiels pour obtenir la régularisation de sans-papiers ou des logements.

Ayant décidé de ne plus respecter son contrôle judiciaire, Bruno L. a écrit une lettre intitulée “Pourquoi je me suis fait la malle”, publiée sur Internet et lue à l’audience. Chez lui et chez les autres, la police a trouvé “de la documentation anarchiste”, laissant penser qu’ils appartiennent à “la mouvance anarcho-autonome francilienne”, un terme “pas forcément très défini” reconnaît la présidente. Elle rassemblerait ceux qui partagent “le rejet de l’État “bourgeois”, du capitalisme et de l’institution policière”.

C’est important qu’on voie s’il y a des liens” entre les prévenus, poursuit la présidente. La question pose problème à Ivan H., qui a “bien vu comment des liens amicaux se transforment en association de malfaiteurs”. L’audience se termine sur la lecture d’une lettre, retrouvée dans son ordinateur, adressée à certains de ses coprévenus. Il s’y réjouit de l’incendie d’un Mac Donald’s près de Guéret. Le tribunal se demande pourquoi il s’est réjoui. Le public se demande pourquoi la présidente lui demande de commenter. L’audience se termine pour la journée.