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Un amant tourmenté

Un amant tourmenté

Ce qui fait la grande célébrité de Chopin, c'est aussi le caractère romantique que l'histoire lui prête. Si on ne peut réduire le compositeur à un grand amoureux transit et tourmenté, il reste qu'il fut l'amant de dix ans de George Sand, prêtresse du romantisme français.

Portrait de George Sand par Jean GigouxLeur liaison commence sans doute en 1838, à la suite de rencontres régulières dans différents salons parisiens. D'abord assez agacé par cette femme aux attitudes peu conventionnelles pour l'époque, Chopin apprécie de plus en plus la compagnie de Sand. Ils partent ensemble à l'hiver 1838 à Majorque où ils vont séjourner le temps de la mauvaise saison. Ce séjour s'avère catastrophique et ils rentrent en France dès le début du printemps. Les deux amants passent leur premier été à Nohant dans la résidence de Sand. La romancière, revenant sur son passé dresse le portrait d'un homme complexe : « Chopin était modeste par principe et doux par habitude, mais il était impérieux par instinct et plein d'un orgueil légitime qui s'ignorait lui-même », parfois inconstant : « son âme tour à tour généreuse et fantasque se donnait carrière, passant toujours de l'engouement à l'aversion, et réciproquement » mais néanmoins très attentionné : « il était avec moi le dévouement, la prévenance, la grâce, l'obligeance et la déférence en personne ».

Maison de George Sand à NohantSe succèdent ainsi pendant dix ans les hivers à Paris, au cœur d'un bouillonnement artistique auquel ils contribuent tous les deux et les étés en province, dans le calme (et parfois l'ennui...) de Nohant. Leur séparation intervient en 1848. Chopin, rongé par la maladie et l'angoisse devient odieux avec les enfants de sa compagne ; celle-ci privilégie alors son rôle de mère et rejette l'amant. Selon Sand elle-même, leur affection mutuelle ne disparaît pourtant pas définitivement. Ainsi elle confie sur les moments qui suivirent la mort de Chopin : « on m'a dit qu'il m'avait appelée, regrettée, aimée filialement jusqu'à la fin. On a cru devoir me le cacher jusque-là. On a cru devoir lui cacher aussi que j'étais prête à courir vers lui. »

Sand ne fut pas à proprement parler une muse pour Chopin. Néanmoins elle fut le témoin privilégié de nombre de ses créations. C'est le cas des préludes achevés à Valldemosa lors de leur séjour espagnol « les plus belles de ces courtes pages qu'il intitulait modestement préludes ».

Les étés de Frédéric Chopin à NohantLes étés de Frédéric Chopin à Nohant
de Jean-Yves Patte
Yves Henry, piano
Éditions du Patrimoine, 2009

→ Bibliothèque du Conservatoire de Musique, Danse et Théâtre - 780.9 CHO

On connaît la liaison que Chopin et Sand ont entretenu pendant une dizaine d'années et cette relation entre deux grands artistes profondément romantiques a forgé la légende d'un couple dont les membres se sont mutuellement influencés. Pourtant, en parcourant le livre de Jean-Yves Patte Les étés de Frédéric Chopin à Nohant, on découvre que, si le jeune compositeur était plutôt insensible à la littérature de sa compagne, l'univers tranquille et protégé de Nohant lui apportait beaucoup. C'est dans cette "retraite" éloignée de la vie parisienne et de ses artifices que Chopin composa nombre de ses chefs d'œuvres. Ce livre agrémenté de multiples photos de la maison et de l'environnement, retrace le parcours de création qui lia Chopin à Nohant. Au fil des chapitres racontant chacun un des étés et de la correspondance ici restituée, on partage un peu de la vie du pianiste, aux prises avec ses questionnements sur l'écriture musicale, ses angoisses au sujet de la maladie... On découvre aussi Chopin dans l'œil de ses contemporains dont de nombreuses citations agrémentent le texte. Liszt notamment qui rédigera même après la mort du Polonais une sorte de manifeste, éloge de son œuvre musicale. Et puis tous les autres amis qui parfois passent dans le Berry et que l'on retrouve au creux de ces pages en forme de carnet, parmi lesquels Delacroix, le très proche.
L'ouvrage s'accompagne de 4 CD reprenant l'ensemble des compositions réalisées ou terminées par Chopin à Nohant. Là encore, la présentation est chronologique et l'on retrouve pour chaque été les morceaux du pianiste.
Un beau livre qui donne l'impression de rentrer dans l'intimité d'un grand créateur.

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Les préludes

Les Préludes, recueil de partitions

Le prélude est au siècle précédent un genre musical de forme libre et de caractère improvisé qui introduisait une fugue ou une suite de danses. Chopin garde l'idée d'un morceau sans structure définie. Par contre, son prélude est une pièce indépendante. C'est une œuvre assez courte sans programme établi, de la musique à l'état pur, qui échappe à toute classification. Pleins d'allusions, de souvenirs ou de réminiscences, ces 24 préludes expriment la pensée intime de l'auteur, ses états d'âme ou ses aspirations. Pour Liszt, ils sont « admirables par leur diversité, le travail et le savoir qui s'y trouvent... Ils ont la libre et grande allure qui caractérise les œuvres de génie. »

24 préludes de Chopin par Martha Argerich24 Préludes, op.28
composé par Frédéric Chopin
Martha Argerich, piano
Deutsche Grammophon, P. 1961, 1977

Contient : Prélude, do d.min., op.45 - Prélude, La b.Maj., op.posthume - Barcarolle, fa d.maj, op.60 - Polonaise, La b.Maj., n.6, op.53 - Scherzo, si b.min., n.2, op.31

→ Médiathèque Benjamin-Rabier - Département Musique & Danse - 3. CHO 11.11