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La vie parisienne

La vie parisienne

Le Théâtre italien de Paris, 1843

Quand Chopin rejoint Paris peu après la révolution de 1830 qui amènera Louis-Philippe au pouvoir, la capitale française est célèbre en Europe pour sa population très cosmopolite et surtout son attachement à la cause des arts. Des institutions prestigieuses soutiennent alors la création, parmi lesquelles le conservatoire qui permet d'accéder éventuellement au Prix de Rome et ainsi l'assurance d'une carrière réussie. Mais également le Théâtre-italien et tant d'autres lieux de représentation ; et puis de l'avis de tous, Paris regorge des meilleurs musiciens d'orchestre du vieux continent. Bref, en plein romantisme, Paris c'est "the place to be" et l'afflux de musiciens et d'artistes étrangers ne connaît pas d'interruption dans cette première moitié du 19e siècle.

 

Chopin en fait partie, d'autant plus que lui participe de la vague d'exilés politiques polonais qui déferle après l'insurrection de Varsovie réprimée par les Russes. Il navigue ainsi dans ce Paris mondain des cafés et des salons où, pour briller, deux qualités sont nécessaires : savoir courtiser et surprendre. « Je me trouve introduit dans le grand monde [...] et c'est, dit-on, pour moi, chose indispensable que d'y paraître car c'est de là, affirme-t-on, que vient le bon goût. Tu es tout aussitôt en possession d'un grand talent si tu as été entendu à l'ambassade d'Angleterre ou à celle d'Autriche. Tu joues mieux si la princesse de Vaudémont [...] t'a protégé. »

Le salon de Marie d'AgoultC'est dans le salon de Marie d'Agoult, future compagne de Franz Liszt que l'on trouve l'essentiel du Paris artistique. On y joue des mélodies de Schubert ou Berlioz sous l'œil attentif de grands noms de l'aristocratie étrangère. On y croise aussi Alfred de Vigny, Rossini ou encore Eugene Sue. Chopin est à son aise dans cette société et l'exilé dont la « vraie patrie est le royaume de la poésie » selon les mots de Heinrich Heine, ne tarde pas à se faire des amis tant que des admirateurs. S'il n'apprécie guère leur musique, il est un compagnon attachant pour Mendelssohn, Berlioz ou Liszt. Ce dernier se verra ainsi dédier l'opus 10 des études et Chopin dira de son interprétation : « je voudrais lui voler la manière de rendre mes propres études. »

Son environnement ne compte pas que des musiciens. Ce romantique affiché goûte la compagnie des poètes et des peintres. En dehors de sa relation avec Sand, il admire ainsi Alfred de Vigny qu'il rencontre régulièrement et devient un ami fidèle de Delacroix. Ce dernier fait partie des quelques uns invités à Nohant et restera toujours très proche du polonais.

Les nocturnes

Les Nocturnes, recueil de partitions

Dans ces concerts privés que Chopin affectionnait bien plus que les grands récitals, on imagine aisément qu'il devait jouer quelques uns de ses nocturnes, d'un genre à l'origine destiné à accompagner les fêtes. Inspiré par la nuit, il s'agissait au 18e siècle d'une œuvre en plusieurs mouvements, écrite pour un ensemble restreint. Proche du divertissement ou de la sérénade, on le jouait le plus souvent en plein air. Eine Kleine Nachtmusik, la pièce de Mozart en est un exemple.

À l'époque du romantisme, le nocturne devient une pièce courte pour piano, très mélodique et mélancolique. Chopin réalise sans doute les nocturnes restés les plus célèbres de cette période. La ligne mélodique, expressive ou méditative s'étend dans le style du bel canto italien que le compositeur polonais aimait particulièrement. Chopin retranscrit au piano le langage des chanteurs lyriques de l'époque. Sa personnalité s'affirme aussi dans ces pièces où l'on distingue une grande douleur. Un de ses élèves dit des nocturnes « qu'ils vous plongent dans l'immensité, une puissance de sentiments à faire éclater la fibre humaine. »

Les 21 nocturnes de Frédéric Chopin par Aldo CiccoliniLes 21 nocturnes
composé par Frédéric Chopin
Aldo Ciccolini, piano

Éditions Cascavelle, 2003

→ Bibliothèque du Conservatoire de Musique, Danse et Théâtre - 3. CHO 11.11

With passion de Maria Joao PiresWith passion
Maria Joao Pires, piano

Éditions Deutsche Grammophon, 2007

→ Bibliothèque du Conservatoire de Musique, Danse et Théâtre - 311 PIR