Maisons hantées et cinéma
Lorsque la maison devient un personnage de cinéma cela donne une fois sur deux un film fantastique avec fantômes, revenants et autres zombies qui reviennent de très loin.
La nuit des morts vivants (1969) est un film dans lequel la maison compte autant que les personnages qui s'y sont réfugiés pour survivre aux attaques des zombies. À chaque film de sa célèbre série au moins jusqu'au Jour des morts vivants (1985) ce sera pour Georges Romero l'occasion d'installer une communauté hétéroclite dans un lieu clos, une maison, un centre commercial ou un bunker. L'idée pour le groupe de survivants c'est de s'installer là jusqu'à épuisement des possibilités de survie (provisions, entente, virus, délabrement...) et des possibilités narratives pour le cinéaste. Barricadés, les personnages renforcent leur maison de fortune à l'aide de planches pour les fenêtres, d'armoires pour les portes, tout objet ou meubles viennent transformer la maison en forteresse fragile mais rassurante le temps d'une scène d'assaut, jusqu'à ce que des mains malveillantes traversent les murs et saisissent tout ce qui passe à portée. Mais dans tous ces films le mal vient du dehors.
Il en va autrement de la maison hantée qui nous intéresse. De La Maison du diable (1963) jusqu'à Fragile (2005) en passant par Amityville (1979), Poltergeist (1982) et Les autres (2001), la maison ouvre ses portes sur les mystères de sa propre vie. Car une maison hantée est en quelque sorte vivante en dépit de ses occupants. Elle s'en prend à eux de toutes les manières possibles. Les portes grincent exagérément ou bien elles se referment derrière ceux qui la franchissent d'un pas hésitant ; dans un bruit terrible. Dans les films de Mario Bava, comme Le masque du démon (1960), Six femmes pour l'assassin (1963) ou Le corps et le fouet (1963), le décor est plus important que les personnages, pauvres comédiens qui ne sont là que pour déambuler de pièce en pièce l'air hagard ! C'est que le metteur en scène italien aimait à peaufiner ses décors avec des éclairages psychédéliques et négligeait allègrement sa direction d'acteurs. En revanche quand Robert Wise réalise en 1963 The haunting, la maison du diable, il s'entoure d'un casting sans faille pour mieux s'assurer d'exprimer une peur diffuse, invisible et polymorphe.
Tout dans cette maison baroque est inquiétant mais les acteurs sont là pour en faire l'expérience et l'éprouver de la manière la plus subtile. Ce qui fait de ce chef-d'œuvre du fantastique le modèle du film de maison hantée et une œuvre très aboutie dans le cauchemardesque. En 1981, Amityville de Stuart Rosenberg ne fit qu'actualiser le thème de la maison hantée version Wise sur le postulat du fait authentique et surtout à grand renfort d'effets spéciaux comme les murs qui saignent. Bien qu'il ait réussit à secouer les spectateurs, on oublie vite ce film un peu maladroit ! En revanche Poltergeist (1982) de Tobe Hooper (plus que conseillé par le producteur et scénariste Steven Spielberg) va être une date clé pour la famille des maisons hantées au cinéma. Tout est maîtrisé dans ce film où le paranormal s'associe au fantastique pour nous emmener dans un tourbillon vertigineux et rendre une maison de lotissement aussi inquiétante qu'un vieux château écossais. L'utilisation de l'écran de télévision comme passage vers l'au-delà est géniale. Après on ne regarde plus la télévision du même œil, ou est-ce la télévision qui nous regarde ? Il faut aussi citer Hantise (1999) de Jean De Bont (Speed) un honnête film fantastique hommage à celui de Wise.
Il ne faut pas oublier le fameux "Hotel Overlook" du Shining de Stanley Kubrick. Suite à un entretien on confie la surveillance de cet établissement pendant la morte saison à Jack Torrance (Jack Nicholson) qui s'y installe pour l'hiver avec sa femme et son fils. Ce dernier est doté de pouvoirs extra sensoriels et communique avec un double. Il faut savoir aussi que le précédent gardien avait assassiné sa famille et s'était ensuite donné la mort. La Steadicam (caméra portée sur le ventre avec un harnais qui permet une grande fluidité de mouvement) du grand réalisateur de 2001 et Orange mécanique traque et enregistre les moindres signes de la montée en puissance vers la folie de ce père de famille, écrivain qui souhaite écrire son nouveau roman dans cette retraite qui va révéler chez lui des instincts incontrôlables. Le lieu labyrinthique à la blancheur parfois clinique (on est loin des ténèbres gothiques), ajoute à l'aspect expérimental du film. Le son et l'image sont en parfaite symbiose et nous glacent de terreur. Les trois comédiens Jack Nicholson, Shelley Duvall et Danny Loyd sont excellents.
Dans le cinéma de David Lynch la maison est toujours un personnage. Les espaces s'y dédoublent et deviennent des sortes de replis dans le temps ou des "mini-territoires" à explorer : la Dame du radiateur de son premier film Eraserhead, le placard de Blue velvet, le couloir sombre de la maison de Renée et Fred et la maison dans le désert dans Lost highway, la maison du cow-Boy et le motel dans Mulholland drive, les décors de cinéma d'Inland empire... Dans les films de Lynch les maisons sont l'équivalent d'un rêve ou d'un cauchemar, des lieus de passage vers d'autres dimensions sensorielles qui sont souvent renforcés par une bande son complexe, plutôt bruitiste et expérimentale voire industrielle.
Le cycle de projection
La sélection de films de notre cycle « Maisons hantées » regroupe des films récents dont le point commun, outre le thème de la maison hantée, est d'avoir été réalisés par des metteurs en scène d'origine espagnole. Il se trouve que le cinéma fantastique est actuellement dans les mains de quelques cinéastes ibériques très doués pour nous plonger dans des atmosphères à la fois envoûtantes et très épidermiques voire sensuelles. Les personnages y sont plus contemporains dans leur traitement mais les époques relatées et les lieux de l'action varient : l'après Seconde Guerre Mondiale (1945) sur l'ile de Jersey pour Les autres, l'époque contemporaine sur l'Ile de Wight (cote sud de l'Angleterre) pour Fragile et l'Espagne de la fin de la guerre civile (1939) pour L'échine du diable.
Samedi 20 septembre 15h30 :
Les autres de Alejandro Aménabar
Espagne, couleur, 104 mn, 2001 - avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Christopher Eccleston
1945, la guerre est terminée, mais le mari de Grace (Nicole Kidman) n'est pas revenu du front. Elle élève seule ses deux enfants dans un manoir isolé sur l'île anglo-normande de Jersey. Les enfants sont atteints d'une maladie rare et étrange : ils ne supportent pas la lumière du soleil et doivent rester dans l'obscurité, le manoir est donc plongé en permanence dans la pénombre. Aucune porte ne doit être ouverte avant que la précédente ne soit fermée. Des intrus viennent bousculer l'ordre rigoureux instauré par Grace et révèlent la vérité.
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Samedi 18 octobre 15h30 :
Fragile de Jaume Balaguero
Espagne, couleur, 97 mn, 2005 - avec Calista Flockhart, Richard Roxburgh, Elena Anaya
Amy (Calista Flockhart), une infirmière, brisée par l'existence, essaye de se donner une raison de vivre en acceptant un remplacement dans un hôpital pour enfants. Le lieu, vétuste, dont certains recoins sont condamnés, est sur le point d'être abandonné par ses patients et le personnel. Le jour où une fillette lui confie que les enfants de l'hôpital subissent des attaques mystérieuses, Amy commence à se poser des questions et voit des choses étranges...
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Samedi 15 novembre 15h30 :
L'échine du diable de Guillermo Del Toro
Espagne, couleur, 104 mn, 2002 - avec Eduardo Noriega, Marisa Paredes, Federico Luppi
En 1939, vers la fin de la guerre civile espagnole, le jeune Carlos, dix ans, fils d'un héros de guerre républicain abattu par les nationalistes, est laissé par son tuteur au près de Carmen (Marisa Paredes) et du Professeur Casarès (Federico Luppi) qui dirigent un orphelinat perdu au milieu de nulle part. Carlos doit d'abord faire face à un membre du personnel, Jacinto (Eduardo Noriega) qui effraye tous les pensionnaires. Mais ce n'est rien comparé au fantôme qui lui apparaît chaque nuit pour l'avertir que ‘'beaucoup d'entre eux vont mourir''. Enfin, il y a cette bombe, non explosée, et plantée au beau milieu de la cour, souvenir d'un bombardement. Rapidement, les phénomènes étranges se multiplient...
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Filmographie
Maison en kit, maison du bonheur
- La maison démontable (1920) de Buster Keaton VHS - DVD
- La ruée vers l'or (1925) de Charlie Chaplin VHS - DVD
- Les temps modernes (1936) de Charlie Chaplin DVD
- Tarzan trouve un fils (1939) de Richard Thorpe VHS - DVD
- Souvenir de la maison jaune (1989) de Joao César Monteiro DVD
- Jeremiah Johnson (1972) de Sydney Pollack VHS - DVD
- Fight club (1999) de David Fincher
- Panic room (2002) de David Fincher
- Petits meurtres entre amis (1995) de Danny Boyle VHS
- L'auberge espagnole (2002) de Cédric Klapisch DVD
De maison en maison
- Mon oncle (1956-58) de Jacques Tati VHS - DVD
- La prisonnière du désert (1956) de John Ford VHS - DVD
- Où est la maison de mon ami ? (1987) d'Abbas Kiarostami DVD
- Broken flowers (2005) de Jim Jarmusch DVD
Maisons pas faciles à habiter
- Rebecca (1940) d'Alfred Hitchcock VHS - DVD
- Le secret derrière la porte (1948) de Fritz Lang DVD
- La nuit de tous les mystères (1959) de William Castle
- Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock VHS - DVD
- Le masque du démon (1960) de Mario Bava DVD
- Les innocents (1961) de Jack Clayton DVD
- Six femmes pour l'assassin (1963) de Mario Bava
- Le corps et le fouet (1963) de Mario Bava
- La maison du diable (1963) de Robert Wise DVD
- Le limier (1972) de Joseph L. Mankiewicz VHS
- Le locataire (1976) de Roman Polanski
- Poltergeist (1982) de Tobe Hooper DVD
- Evil dead (1982) de Sam Raimi DVD
- Les griffes de la nuit (1984) de Wes Craven DVD
- Evil dead 2 (1987) de Sam Raimi DVD
- Le sous-sol de la peur (1991) de Wes Craven
- Hantise (1999) de Jean De Bont
- La maison de cire (2005) de Jaume Collet-Serra
Maisons atroces
- House by the river (1949) de Fritz Lang
- Le moulin des supplices (1961) de Giorgio Ferroni
- Les chiens de paille (1970) de Sam Peckinpah
- La dernière maison sur la gauche (1972) de Wes Craven
- Salò ou les 120 journées de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini DVD
Quelques œuvres bien charpentées de l'Artothèque
- On construit une maison comme on chante une chanson de Robert Combas, 1992, gravure, 8/10.
- Prêts à crever de Claude Lévêque, 1997, sérigraphie, 30/100.
Livres
- La maison, Vertigo hors-série, novembre 2003















