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Benoite Chéné

Diptyque, 2005-2008
Pastel encollé et marqueur noir 

 

Benoite Chéné

 

Née en 1976 à La Roche-sur-yon.
Vit et travaille à Nantes.

Elle débute son travail de création en 2004. 1ère exposition à la Maison de l'avocat à Nantes en octobre 2007.

« " J'ai besoin du dessin en tant qu'action, de rapport de force, d'épuisement. C'est physique ".
Il y a entre Benoîte Chéné et le dessin une relation étrange, une extension, un corps à corps. C'est une lutte entre le corps de l'artiste et le corps du papier, comme un transfert de force, de tension. "Ce n'est pas un plaisir", c'est un état. Le papier est comme un buvard qui aspire, c'est un format sur lequel, dans lequel s'imprime, se trace, s'incarne quelque chose de cette relation. C'est comme un nouveau corps qui se crée, pas la figure d'un corps, pas l'impression d'un corps, mais une sorte de clone, une étape embryonnaire, un langage primordial...
Le dessin se fait combat : il y a des règles qui se mettent en place, des codes qui s'imposent, des coups, des actions, un corps à corps. Benoîte Chéné développe une pratique du dessin quasi obsessionnelle : les gestes se répètent, se déplacent lentement et les formes qui naissent de cela attestent de ce mouvement, de cette maturation. Etape après étape, le vocabulaire évolue, la syntaxe bouge, le dessin s'invente de nouveaux territoires. Les formes, les traits, les points, les trous, les pliages. Chaque action rejoue à l'infini son propre jeu. La répétition devient incantatoire, jusqu'à son propre épuisement. Il faut épuiser le geste, le répéter jusqu'à le rendre stérile et réussir à s'en débarrasser. "Souvent, je reprends les dessins que j'ai faits avant, je les fais avancer, je les retravaille, les perce,... Quand j'ai commencé à dessiner, il y avait deux formes qui se confrontaient, deux formes qui s'opposaient, J'avais besoin de provoquer un combat et d'en regarder le résultat, mais je me tenais à distance..... Avec les points, je suis dans un corps à corps avec moi-même, avec le dessin qui était là avant".
Benoîte Chéné n'est pas dans un rapport neutre ni "correcte" avec le dessin, bien au contraire : « C' est avant tout un état psychique qui a besoin d'action. La trace comme témoin de l'action. Besoin de figer cette action, et de pouvoir la voir ". On est loin de la pratique classique qui voit dans le dessin l'esquisse de la pensée, la première étape entre l'idée et la matérialisation d'une oeuvre. Benoîte Chéné est plus proche de l'art de la performance, où quelque chose se joue avec le corps. Elle est plus proche d'un art déraisonnable qui ne refoule pas tout ce que beaucoup cherchent à évacuer du champ artistique : ce flux saturnien, ces démarches ritualisées ou obsessionnelles, cette violence insaisissable, l'expérience de soi.
"La nécessité de ma pratique ce n'est pas de parler de mon histoire personnelle, mais de me construire un territoire intime solide et concret. Intime signifie ici pour moi : échapper à l'autre."
On pourrait, en regardant ses dessins, s'arrêter à une lecture purement formelle, car ils ont une qualité plastique indéniable. Elle a une maîtrise de la forme, du rythme, une écriture graphique formidable, un sens du format, une façon de travailler le papier, comme si elle le sculptait. On pourrait. Mais on passerait à côté de l'enjeu.
"J'ai percé mes dessins pour avoir de l'air."

"Quand j'ai commencé à dessiner, je ne pouvais pas regarder les choses qui m'entouraient je ne les voyais pas, je m'endormais. J'avais besoin de changer ce rapport au visible. Voir se faire devant moi quelque chose pour qu'elle devienne visible. J'avais besoin de voir les choses se dessiner pour y croire." »

Le dessin comme action - Texte de Christophe Cesbron